« Crottes de fer et autres curiosités de la forêt | Accueil | Histoire de clôture »

vendredi 19 janvier 2007

Élégie des marais

extrait de Almanach d'un comté des sables, Aldo Léopold éditions Aubier.

La sensation du temps pèse très lourd sur un lieu comme celui-ci. Chaque année depuis l'ère glaciaire, ce marais est réveillé au printemps par la clameur des grues. Les couches de tourbe qui le constituent sont déposées dans le bassin d'un ancien lac. Les grues se tiennent, en quelque sorte, sur les pages détrempées de leur propre histoire. Ces tourbes sont le reste compressés des mousses qui encombraient les étangs, des mélèzes qui s'étendaient par-dessus la mousse, des grues qui claironnaient par-dessus les mélèzes depuis le retrait des glaciers. Une caravane interminable de générations a construit de ses propres ossements ce pont vers le futur, cet habitat où de nouveaux hôtes pourront à nouveau vivre et procréer et mourir.
A quelle fin ? Là-bas dans le marais, une grue finit d'avaler quelque grenouille malchanceuse et prend son élan; sa lourde carcasse s'élève, battant le soleil matinal de ses ailes puissantes. Apparemment elle sait.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/1129745/7555255

Voici les sites qui parlent de Élégie des marais:

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier